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IBM : 90 ans d'innovation en France

1939 - 1954 : l'édification

Cette seconde période de l’histoire d’IBM en France est marquée par les années d’occupation. C’est aussi celle où la Compagnie Électro-Comptable va devoir s’organiser loin de sa maison mère : elle en est coupée à partir de fin 1941 quand les États-Unis entrent en conflit avec l’Allemagne. Cet isolement va l’obliger à développer ses propres capacités de production et de recherche. Quand la situation se normalise à nouveau, les trois lettres "IBM" ne tarderont pas à apparaître…

Et, très rapidement, le premier ordinateur.

Une stratégie d’ancrage en France

La Seconde Guerre mondiale et l’occupation ont fortement perturbé le fonctionnement de la CEC. La mobilisation, les réquisitions, le manque de matériels pour dépanner les clients et faire tourner la production, le ralentissement de l’activité économique, rendent la situation de l’entreprise difficile. Certains projets sont quand même menés à leur terme. Entrepris en mai 1939, le quittancement automatique d’un million d’abonnés au gaz de la ville de Paris est achevé en juin 1940.

Paralysée par l’épuisement de ses stocks à la suite de la rupture entre la France et les États-Unis, la CEC s’engage dans une stratégie d’ancrage sur le sol français. Outre l’ouverture du bureau de Toulouse, c’est à cette époque qu’est inauguré l’établissement de Corbeil-Essonnes en région parisienne. Le 17 septembre 1941, l’usine Jean-Bergès, du nom d’un jeune délégué commercial mort au combat en mai 1940, devient le second site de production de la Compagnie Électro-Comptable. Son rôle : alimenter l’atelier de Vincennes en pièces usinées que celui-ci assemblera. 63 ans plus tard, l’usine de Corbeil-Essonnes appartient toujours au périmètre d’IBM, dans le cadre d’une co-entreprise (joint venture) avec Infineon Technologies.

Le laboratoire, initié en 1934, prend de l’importance. Installé avenue Michel-Bizot à Paris, il passe à 50 personnes fin 1940, puis à 170 personnes fin 1942, avec le transfert d’une centaine de salariés issus du site de Vincennes. Ce laboratoire comprend un bureau d’études, un atelier de tirage de plans, un service des achats et un magasin. Il jouera un rôle important dans l’évolution des produits de la Compagnie.

Le 30 avril 1942, la CEC abandonne son siège du boulevard Malesherbes et s’installe au 360, rue Saint-Honoré. Elle occupe alors la partie arrière d’un bel immeuble dont la façade ouvre sur la place Vendôme. Devenue IBM France, elle occupera le numéro 5 de cette place prestigieuse pendant une quarantaine d’années.

Le temps de la relance

Si la CEC a pris des initiatives majeures pendant la guerre pour s’enraciner en France, il lui faut à présent relancer l’investissement et reconstituer les forces de vente. Elle sera aidée dans cet effort par le rétablissement en 1945 de ses relations avec sa maison mère et par une aide financière significative.

Jacques Herbart, alors sous-directeur, part aux États-Unis. Son but : négocier la cession à la filiale française d’équipements ayant servi à l’armée américaine. Il obtient gain de cause. Cinquante équipements complets et en bon état permettront de satisfaire les demandes des clients les plus pressés et de sauver l’entreprise. Une autre décision va avoir une influence capitale sur le développement de la CEC : la maison mère lui accorde l’autorisation de produire la tabulatrice 422 qui était alors la machine la plus importante et la plus complexe du catalogue. La filiale française n’est plus cantonnée aux fabrications mineures.

Le millième employé est embauché fin 1947 à l’usine de Corbeil-Essonnes et la CEC installe son siège place Vendôme. Le 6 février 1948, elle devient la "Compagnie Électro-Comptable IBM", puis "IBM France" le 5 octobre.

L'année s’achève sur l’annonce par Thomas J. Watson de la création d’une filiale autonome qui prend en charge toutes les activités de la Compagnie hors des États-Unis : IBM World Trade Corporation.

La première calculatrice électronique

En 1952, la première calculatrice à tubes électroniques – la 604 – prend le chemin du siège de la société. Les ingénieurs affectés au Centre de calcul scientifique, créé dans la discrétion quelques années auparavant, travaillent avec enthousiasme sur ce nouveau matériel. Ils apportent un service unique en France : l'initiation des grandes entreprises et des universités au calcul électronique.

La calculatrice 604 est fabriquée sur le site de Vincennes dès 1953 et remporte un énorme succès au salon du Sicob de 1954 où elle est perçue comme une "machine qui pense" !!! La 604 reste le dernier titre de gloire de l'usine de Vincennes qui s’effacera progressivement devant celle de Corbeil-Essonnes.

Les machines à cartes perforées vont parvenir à leur apogée pendant cette période et faire progresser la gestion des entreprises de façon appréciable. Et puis, un beau jour de la même année, au mois de mai, Jacques Maisonrouge, responsable du Centre scientifique, fait un exposé sur le 650 et les grands "ordinateurs". Le mot, suggéré par le professeur Perret de la Faculté des Lettres de Paris, est prononcé pour la première fois. IBM dépose le terme, puis abandonne ses droits au profit du public. C'est aujourd'hui un nom commun...

Une nouvelle ère commence sous l’égide de Christian de Waldner, Président-directeur général depuis 1952. IBM France devient une société industrielle d’une certaine importance. Les méthodes et les matériels qu’elle propose se diffusent sur le territoire métropolitain, ainsi qu'en Asie et en Afrique où des bureaux ont été ouverts dès le début des années 30. IBM est aussi présente à Nancy, Saint-Étienne et Grenoble.

Les machines classiques